Qu'est-ce que l'activité physique adaptée ?
L'activité physique adaptée désigne une activité physique dont la nature, l'intensité, la fréquence et les modalités sont ajustées à la pathologie d'une personne, à ses capacités physiques et à son risque médical. Le code de la santé publique la définit comme une pratique fondée sur les aptitudes et les motivations de personnes ayant des besoins spécifiques qui les empêchent de pratiquer dans des conditions ordinaires. Elle se distingue d'un simple conseil de « bouger davantage » par son caractère structuré : évaluation initiale, programme défini, progression personnalisée et suivi dans la durée. La HAS la présente comme une thérapeutique à part entière, et depuis la loi du 2 mars 2022, tout médecin intervenant dans la prise en charge d'un patient peut la prescrire.
Ce que l'activité physique adaptée n'est pas
Trois confusions reviennent souvent.
- Ce n'est pas du sport de performance. L'activité physique adaptée peut mobiliser des activités physiques et sportives, mais elle vise une fonction : remonter un escalier, tenir une marche de trente minutes, réduire une douleur.
- Ce n'est pas du bien-être. Selon le code de la santé publique, elle a pour but de réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à la maladie, et non d'apporter un simple confort.
- Ce n'est pas un conseil général. Une recommandation de bouger sans dosage, sans suivi et sans adaptation à la pathologie ne relève pas de l'activité physique adaptée.
Le cadre légal français
Le cadre du sport sur ordonnance s'est construit en plusieurs étapes. La loi de modernisation de notre système de santé de 2016 a permis au médecin traitant de prescrire une activité physique adaptée aux patients en affection de longue durée. La loi du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France l'a élargie : la prescription revient désormais au médecin intervenant dans la prise en charge, et non plus au seul médecin traitant, et elle s'étend aux personnes atteintes d'une maladie chronique, présentant des facteurs de risque ou en perte d'autonomie. L'activité prescrite doit rester adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient (article L. 1172-1 du code de la santé publique).
Deux décrets du 30 mars 2023, en vigueur depuis le 1er avril 2023, précisent la liste des maladies chroniques, des facteurs de risque et des situations de perte d'autonomie concernés, ainsi que les conditions de prescription : formulaire spécifique, durée de trois à six mois renouvelable. Le masseur-kinésithérapeute peut, sauf indication contraire du médecin, renouveler une fois la prescription initiale ou l'adapter.
Les pathologies concernées
La Haute Autorité de Santé publie des référentiels d'aide à la prescription par pathologie ou situation, sur lesquels le médecin s'appuie lorsqu'ils existent. Ils couvrent notamment les accidents vasculaires cérébraux, l'arthrose, l'asthme, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), plusieurs cancers, la dépression, le diabète, l'hypertension artérielle, l'insuffisance cardiaque chronique, la lombalgie commune chronique, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, le surpoids et l'obésité. Quelques exemples d'effets documentés :
- Dans le diabète de type 2, l'activité physique régulière, en endurance, en renforcement musculaire ou les deux, réduit les risques de complications micro et macrovasculaires et améliore l'équilibre glycémique (HAS).
- Dans la maladie coronaire, une revue Cochrane de 2021 portant sur 85 essais conclut que la réadaptation cardiaque fondée sur l'exercice réduit, à 6 à 12 mois, le risque d'infarctus et d'hospitalisation toutes causes.
- Dans la BPCO, une revue Cochrane de 2015 portant sur 65 essais conclut que la réhabilitation respiratoire améliore la qualité de vie et la capacité d'exercice, et juge inutiles de nouveaux essais la comparant aux soins habituels.
- Dans les cancers du sein, colorectal et de la prostate, l'activité physique peut être pratiquée pendant comme après le traitement ; elle permet de maintenir ou d'améliorer la condition physique et de mieux tolérer les traitements (HAS).
- Après un accident vasculaire cérébral, une activité physique régulière, associée au contrôle des autres facteurs de risque, réduit le risque de récidive et la mortalité cardiovasculaire (HAS).
Qui délivre l'activité physique adaptée
Le code de la santé publique fixe la liste des intervenants : professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens), titulaires d'un diplôme universitaire dans le domaine de l'activité physique adaptée et, sous conditions, certains éducateurs sportifs et titulaires de certifications fédérales. Pour les patients présentant des limitations fonctionnelles sévères, seuls les professionnels de santé sont habilités. Lorsque l'autonomie progresse, les enseignants en activité physique adaptée interviennent en complémentarité, à partir du bilan fonctionnel établi par les professionnels de santé.
L'orientation reste un point de friction : dans une enquête menée pour l'Institut national du cancer (INCa) en 2020-2021, 67 % des médecins généralistes qui n'avaient pas prescrit d'activité physique adaptée ne se sentaient pas suffisamment accompagnés pour orienter leurs patients.
Comment se construit un protocole
L'évaluation
Avant de prescrire, le médecin procède au minimum à une évaluation médicale : risque cardiovasculaire, niveau habituel d'activité physique, motivation. Au début de la prise en charge, l'intervenant établit ensuite un bilan de la condition physique et des capacités fonctionnelles ainsi qu'un bilan motivationnel. Sans cette base, aucun dosage n'est possible et aucune progression n'est démontrable.
Le dosage
La prescription précise notamment le type d'activité, sa durée, sa fréquence et son intensité. Les référentiels de la HAS cités plus haut associent le plus souvent endurance et renforcement musculaire. La réglementation prévoit une prise en charge personnalisée et progressive en termes de forme, d'intensité et de durée de l'exercice.
La progression et l'adhésion
La progression suit les réponses observées. Mais un protocole bien dosé que la personne abandonne au bout de quelques semaines ne produit pas d'effet durable : l'adhésion est déterminante. Selon l'expertise collective de l'Inserm, les effets d'une prescription seraient encore multipliés lorsque l'objectif et les modalités sont discutés avec le patient. Fixer les objectifs avec la personne figure aussi parmi les facteurs d'observance dans la durée les plus cités par les revues de la littérature.
Le paradoxe français
Dans une enquête menée par BVA pour l'INCa entre novembre 2020 et janvier 2021, 88 % des médecins généralistes interrogés avaient entendu parler du dispositif de prescription d'activité physique adaptée, mais 41 % seulement déclaraient l'utiliser auprès de leurs patients en affection de longue durée. Les freins qu'ils citent : formation insuffisante, manque de visibilité sur l'offre et sur son financement, temps de consultation, difficulté à motiver les patients.
L'enjeu est réel : selon l'expertise collective de l'Inserm (2019), une ordonnance écrite aurait en moyenne deux fois plus de chances d'être convertie en actes qu'un conseil oral, d'après des travaux menés notamment au Danemark et en Nouvelle-Zélande.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'activité physique adaptée ?
C'est une activité physique dont la nature, l'intensité et la fréquence sont ajustées à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical d'une personne. Elle se distingue du sport de loisir par cet ajustement, et d'une simple recommandation de bouger par son caractère structuré et suivi.
Qui peut prescrire une activité physique adaptée ?
Depuis la loi du 2 mars 2022, le médecin intervenant dans la prise en charge du patient, et non plus seulement le médecin traitant. Le masseur-kinésithérapeute peut, sauf indication contraire du médecin, renouveler une fois la prescription initiale ou l'adapter.
Pour quelles pathologies est-elle recommandée ?
La Haute Autorité de Santé publie des référentiels d'aide à la prescription pour un large spectre de situations. Ils couvrent notamment le diabète, plusieurs cancers, l'insuffisance cardiaque chronique, la BPCO, l'hypertension artérielle, la lombalgie commune chronique, le surpoids et l'obésité, et la dépression.
Qui délivre l'activité physique adaptée ?
Les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens, les titulaires d'un diplôme universitaire en activité physique adaptée et, sous conditions, certains éducateurs sportifs. Pour les limitations fonctionnelles sévères, seuls les professionnels de santé sont habilités.
Est-elle remboursée ?
Pas dans le cadre général. Après un cancer, le parcours de soins global peut comprendre un bilan d'activité physique débouchant sur un projet d'activité physique adaptée. Depuis avril 2026, une expérimentation de deux ans permet en outre la prise en charge de séances dans ce parcours en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine et en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Quelle différence avec le sport-santé ?
Le sport-santé couvre aussi la prévention primaire : il s'adresse à des personnes en bonne santé éloignées de la pratique. L'activité physique adaptée s'adresse à des personnes atteintes d'une maladie chronique, présentant des facteurs de risque ou en perte d'autonomie, et relève d'une prescription médicale.
Combien de temps dure un programme ?
La prescription vaut pour trois à six mois et peut être renouvelée. Le programme se conclut par un bilan comparatif de la condition physique, des capacités fonctionnelles et de la motivation, qui permet d'apprécier les progrès et de proposer la suite.
Faut-il un bilan avant de commencer ?
Oui. Le médecin procède au minimum à une évaluation médicale, et une consultation dédiée est recommandée pour les patients les plus à risque. L'intervenant réalise ensuite un bilan de la condition physique, des capacités fonctionnelles et de la motivation, qui sert de référence pour mesurer la progression.
Relecture éditoriale en cours par le comité éditorial de MYA.
Contenu éditorial destiné à l'information des professionnels de santé. Il ne constitue pas un avis médical individuel et ne remplace pas l'évaluation d'un professionnel.