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Sport sur ordonnance : mode d'emploi pour les soignants

Depuis la loi du 2 mars 2022, tout médecin intervenant dans la prise en charge d'un patient peut lui prescrire une activité physique adaptée. Dans une enquête de 2020-2021, 88 % des médecins généralistes interrogés avaient entendu parler du dispositif, mais 41 % seulement déclaraient l'utiliser. Voici pourquoi, et comment s'en saisir.

Publié le 18 septembre 20265 min de lectureRelecture éditoriale en cours

Cadre légal

Qu'est-ce que le sport sur ordonnance ?

L'expression « sport sur ordonnance » désigne la prescription médicale d'une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical d'un patient. Introduite en France par la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 pour les patients en affection de longue durée et leur médecin traitant, elle a été élargie par la loi du 2 mars 2022 : le médecin intervenant dans la prise en charge peut désormais la prescrire, et le champ s'étend aux personnes atteintes d'une maladie chronique, présentant des facteurs de risque ou en perte d'autonomie. Le terme officiel est « activité physique adaptée » ; le mot « sport » entretient une confusion avec la pratique de loisir ou de compétition.

La loi du 2 mars 2022 a modifié l'article L. 1172-1 du code de la santé publique sur deux points. D'abord, la prescription n'est plus réservée au médecin traitant : elle revient au médecin intervenant dans la prise en charge. Ensuite, les bénéficiaires ne se limitent plus aux affections de longue durée : la loi inclut les maladies chroniques, les facteurs de risque et la perte d'autonomie. Le texte maintient l'exigence d'une activité adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient, ce qui la distingue d'une recommandation générale. La même loi permet au masseur-kinésithérapeute de renouveler et d'adapter, sauf indication contraire du médecin, les prescriptions initiales.

Deux décrets du 30 mars 2023, en vigueur depuis le 1er avril 2023, précisent ce cadre. Ils fixent la liste des maladies chroniques, des facteurs de risque (notamment surpoids, obésité, hypertension artérielle, dénutrition, sédentarité, dyslipidémies et conduites addictives) et des situations de perte d'autonomie ouvrant droit à la prescription. Celle-ci est établie sur un formulaire spécifique, précise notamment le type d'activité, sa durée, sa fréquence et son intensité, et vaut pour trois à six mois, renouvelable. Le masseur-kinésithérapeute peut la renouveler une fois ou l'adapter, avec l'accord du patient, et en informe le médecin prescripteur.

Le paradoxe : connu mais peu utilisé

Dans une enquête menée par BVA pour l'Institut national du cancer (INCa) entre novembre 2020 et janvier 2021, 88 % des médecins généralistes interrogés avaient entendu parler du dispositif de prescription d'activité physique adaptée, mais 41 % seulement déclaraient l'utiliser auprès de leurs patients en affection de longue durée. Pour la plupart d'entre eux, l'incitation à l'activité physique reste fondée sur des conseils oraux.

Selon l'expertise collective de l'Inserm (2019), une ordonnance écrite aurait en moyenne deux fois plus de chances d'être convertie en actes qu'un conseil oral, d'après des travaux menés notamment au Danemark et en Nouvelle-Zélande. Les médecins s'accordent d'ailleurs sur l'efficacité de la prescription écrite, et l'ordonnance est décrite comme un facteur de motivation et d'adhésion à l'activité physique.

Les principaux freins invoqués par les médecins

  1. Le manque de formation. Les médecins jugent leurs connaissances insuffisantes, notamment sur l'adaptation de l'activité à la pathologie, aux capacités physiques et aux risques. Dans l'enquête de l'INCa, 43 % des généralistes n'en prescrivaient pas par manque de formation.
  2. L'absence de visibilité sur l'offre. Parmi les médecins qui n'avaient pas eu recours à la prescription, 67 % ne se sentaient pas suffisamment accompagnés pour orienter leurs patients.
  3. La difficulté à passer des recommandations à la pratique. Les recommandations des instances publiques fournissent un cadre général, mais ne se traduisent pas pour les soignants en normes de pratique effectives.
  4. Le coût et le temps. L'absence de prise en charge financière (motif de non-prescription pour 16 % des généralistes de l'enquête) et le manque de temps en consultation complètent le tableau.

La question du financement

Les séances d'activité physique adaptée ne font pas l'objet d'une prise en charge générale par l'Assurance maladie. Cette absence est considérée comme un obstacle supplémentaire à la prescription et comme un risque d'inégalités sociales et territoriales d'accès.

Des dispositifs ciblés existent. Le parcours de soins global après le traitement d'un cancer permet au cancérologue, au pédiatre ou au médecin traitant de prescrire, jusqu'à douze mois après la fin du traitement, un ensemble de prestations pouvant comprendre un bilan d'activité physique, qui donne lieu à un projet d'activité physique adaptée. Depuis avril 2026, une expérimentation de deux ans permet en outre de compléter ce parcours par un programme de séances d'activité physique adaptée en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine et en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Comment s'en saisir en pratique

Formuler une prescription utile

Une ordonnance qui indique seulement « activité physique recommandée » ne change rien. La réglementation prévoit que la prescription précise notamment le type d'activité, sa durée, sa fréquence et son intensité, et que le médecin s'appuie sur les référentiels d'aide à la prescription de la HAS lorsqu'ils existent. Indiquer aussi les points de vigilance liés à la pathologie permet au professionnel ou à la structure qui prendra le relais, par exemple une Maison Sport-Santé, de travailler dans de bonnes conditions.

Co-construire l'objectif avec le patient

Selon l'Inserm, les effets seraient encore multipliés lorsque l'objectif et les modalités de l'activité sont discutés avec le patient et ancrés dans ses envies, ses motivations et son parcours de soin. Un objectif fonctionnel concret peut servir de point d'appui, par exemple reprendre les escaliers ou retrouver une marche d'une demi-heure.

Organiser le suivi

La prescription initiale ne suffit pas. La réglementation prévoit que l'intervenant établisse un bilan initial, des comptes rendus périodiques et un bilan final, transmis au patient et, avec son accord, au médecin prescripteur et au médecin traitant. Prévoir un point de réévaluation à l'échéance de la prescription permet de décider de la suite du parcours et de soutenir l'observance dans la durée.

À retenir. Le cadre légal existe depuis 2016 et a été élargi en 2022 ; les bénéfices de l'activité physique, et leur niveau de preuve, sont largement établis. Les médecins interrogés reconnaissent l'intérêt de la prescription : les freins tiennent surtout à la formation, à la visibilité de l'offre, au financement et au temps. Passer des recommandations à un protocole précis, puis organiser le suivi, reste l'étape la plus difficile.

Questions fréquentes

Qui peut prescrire une activité physique adaptée ?

Depuis la loi du 2 mars 2022, le médecin intervenant dans la prise en charge du patient, et non plus seulement le médecin traitant. Le champ couvre les affections de longue durée, les maladies chroniques, les facteurs de risque et la perte d'autonomie. Le masseur-kinésithérapeute peut, sauf indication contraire du médecin, renouveler une fois la prescription initiale ou l'adapter.

La prescription est-elle remboursée ?

Les séances d'activité physique adaptée ne sont pas prises en charge par l'Assurance maladie dans le cadre général. Après un cancer, le parcours de soins global peut comprendre un bilan d'activité physique, et une expérimentation de prise en charge des séances est ouverte depuis avril 2026 dans trois régions.

Quelle différence entre conseil oral et prescription écrite ?

Selon l'Inserm (2019), une ordonnance écrite aurait en moyenne deux fois plus de chances d'être convertie en actes qu'un conseil oral. L'ordonnance écrite est décrite comme un facteur de motivation et d'adhésion à l'activité physique.

Pourquoi le dispositif est-il si peu utilisé ?

Les médecins citent surtout un manque de formation sur l'adaptation de l'activité à la pathologie, un manque de visibilité sur l'offre de leur territoire et la difficulté à traduire les recommandations en pratique. L'absence de prise en charge financière et le manque de temps en consultation s'y ajoutent.

Vers qui orienter le patient ?

Vers les intervenants habilités : professionnels de santé pour les limitations fonctionnelles sévères, enseignants en activité physique adaptée et, sous conditions, éducateurs sportifs. Les Maisons Sport-Santé, au nombre de 581 selon le ministère des Sports, ont pour rôle d'accueillir, d'informer et d'orienter.

Faut-il un certificat de non-contre-indication ?

Avant de conseiller ou de prescrire une activité physique, la HAS demande au médecin une évaluation médicale minimale : risque cardiovasculaire, niveau habituel d'activité, motivation. Une consultation dédiée, plus longue, est recommandée pour les patients les plus à risque ; elle peut conduire, au besoin, à prescrire des examens complémentaires.

Relecture éditoriale en cours par le comité éditorial de MYA.

Sources. Loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France, articles 2 et 4, legifrance.gouv.fr ; Code de la santé publique, article L. 1172-1, version en vigueur, legifrance.gouv.fr ; Décret n° 2023-234 du 30 mars 2023 relatif aux conditions de prescription et de dispensation de l'activité physique adaptée, legifrance.gouv.fr ; Décret n° 2023-235 du 30 mars 2023 fixant la liste des maladies chroniques, des facteurs de risque et des situations de perte d'autonomie ouvrant droit à la prescription d'activités physiques adaptées, legifrance.gouv.fr ; Code de la santé publique, articles D. 1172-1 à D. 1172-5, version en vigueur, legifrance.gouv.fr ; Code de la santé publique, article R. 1415-1-11, version en vigueur, legifrance.gouv.fr ; Décret n° 2026-281 du 14 avril 2026 relatif à l'expérimentation d'un programme de séances d'activité physique adaptée pour les personnes traitées pour un cancer, legifrance.gouv.fr ; Haute Autorité de Santé, Activité physique. Faciliter la prescription médicale, 2019, mise à jour mars 2025, has-sante.fr ; R. Ancellin, D. Communal, « Prescription d'activité physique par les médecins : freins et leviers », La Santé en action n° 462, Santé publique France, 2022, p. 19-20, santepubliquefrance.fr ; Inserm, Activité physique. Prévention et traitement des maladies chroniques, expertise collective, synthèse, 2019, p. 14, inserm.fr ; Ministère des Sports, Maisons Sport-Santé, page consultée en octobre 2026, sports.gouv.fr

Contenu éditorial destiné à l'information des professionnels de santé. Il ne constitue pas un avis médical individuel et ne remplace pas l'évaluation d'un professionnel.

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